Schaerbeek – St.Josse Türkleri: Memleket nire hemşerim?


La communauté turque de Belgique est structurée de telle façon que les liens avec le pays d’origine sont restés aussi étroits qu’aux premiers jours de son immigration. Celle-ci est très largement issue de la province anatolienne d’Emirdağ, une région rurale de la Turquie profonde. Concentrés dans les mêmes quartiers (à Bruxelles, dans une zone à cheval sur les communes de Schaerbeek et Saint-Josse), les Belgo- Turcs ont ainsi transposé à l’identique les très nombreux conflits de leur pays d’origine.

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LA TURQUIE D’EMIRDAG A SCHAERBEEK
Clivages belgo-turcs

by Mazyar Khoojinian Doğan Özgüden

Les clivages politiques au sein de l’immigration turque de Belgique ne se structurent qu’à partir des années 1970. À la suite du coup d’État du 12 mars 1971 et de la répression féroce exercée sur les forces de gauche, des militants et sympathisants des partis communiste et travailliste arrivés en qualité de réfugiés, d’ouvriers ou d’étudiants, s’organisent avec l’aide des syndicats et du mouvement progressiste belges pour former l’Union des travailleurs de Turquie en Belgique (BTİB), le Centre culturel des travailleurs de Turquie (TİKM), l’Union populaire de Turquie (THB) et l’Union pour la démocratie (DİB). [(…)]

À l’autre extrémité du champ politique, les ülkücü (« idéalistes ») du Parti d’action nationaliste (MHP), plus connus sous le nom de « Loups gris », créent des « foyers de l’idéal » (Ülkü Ocağı), des associations de culture turque (Türk Kültür Derneği) et de culture islamique (İslam Kültür Derneği) ou infiltrent des associations déjà existantes dont ils prennent le contrôle. [(…)]

À cette époque, les Turcs de l’étranger représentent un enjeu pour le gouvernement turc, qui a un besoin grandissant de devises étrangères. L’apport financier de la diaspora dépasse parfois les revenus de l’exportation. La diaspora devient alors une véritable poule aux oeufs d’or. C’est là que le gouvernement prend conscience de la nécessité d’une politique à destination de ses ressortissants émigrés pour les maintenir sous contrôle. [(…)]

Les clivages politiques et/ou identitaires qui caractérisent la société « turque » de Belgique sont également nourris de clivages mémoriels, chaque partie célébrant ses propres héros et commémorant ses propres martyrs. Si les fêtes nationales turques parviennent encore à rassembler les différents courants légitimistes (kémaliste, conservateur, turquiste), la mémoire historique est en revanche marquée par une fragmentation croissante des représentations collectives du passé, chaque camp se disputant une vérité rappelant et transmettant les avanies et oppressions subies, tout en taisant et en oblitérant les discriminations et souffrances infligées. Ainsi, s’il est, de nos jours, de bon ton de critiquer et condamner le régime de parti unique, les coups d’État militaires et les mesures liberticides prises contre les milieux religieux, il n’en va pas de même pour les multiples exactions commises contre les populations kurdes, les pogroms anti-alévis des années 1970 et 1990 (Malatya, Maraș, Çorum, Fatsa, Sivas, Gazi), les massacres du Dersim des années 1938-1943, la répression de la gauche politique, syndicale et associative ou encore les assassinats d’intellectuels laïcs (dont le journaliste Uğur Mumcu et l’académicien et politique Ahmet Taner Kışlalı) dans les années 1990, qui continuent d’être couverts d’un voile pudique par la mémoire officielle ou font l’objet de manipulations et d’instrumentalisations grossières à des fins politiciennes. [(…)]

Ces dernières années, la violence est beaucoup plus déguisée. L’influence d’Erdoğan et le ralliement des nationalistes sous sa bannière masquent en quelque sorte l’expression de mouvements violents en Belgique. Les opposants sont plutôt menacés par des pressions économiques ou administratives. Pour les violences d’État, comme les assassinats de militants kurdes à Paris, c’est bien entendu différent. Il s’agit d’opérations probablement guidées par les services secrets et ce que l’on appelle l’État profond. Mais même là, nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que le gouvernement ait donné l’ordre. Par contre, on peut affirmer que les campagnes de diffamation envers tous les opposants et la haine déversée par les médias sur les Kurdes, les sympathisants de Gülen, etc. contribuent à un climat de méfiance. [(…)]

En grande majorité, il s’agit de musulmans sunnites, organisés soit dans le cadre de l’islam étatique (Diyanet), soit dans des communautés ou confréries islamiques ayant largement bénéficié des rapports clientélistes développés et entretenus avec les partis conservateurs qui se sont succédé depuis les années 1950. La majorité des mosquées turques (73), organisées sous la forme d’ASBL, dont certaines reconnues par les pouvoirs régionaux, sont affiliées à la Diyanet. La Fédération islamique de Belgique (BİF), émanant du Milli Görüş, comprend 30 mosquées et ambitionne en outre de développer un réseau d’enseignement libre confessionnel (La Vertu), déjà présent à Schaerbeek. [(…)]

 

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Cet article est paru dans la revue Politique.

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