Un sultan à Bruxelles…


Accueilli en grande pompe mais ensuite l’échec total

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© photocredit

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Europalia: Happy end d’un conte de fée turco-turc?

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© Doğan Özgüden

Incroyable mais vrai… Un prestigieux festival qui devrait servir à la fraternité entre tous les peuples a été inauguré dans la capitale européenne sous l’ombre affreuse d’un despote turco-islamiste. Un despote qui a déclaré maintes fois son hostilité à la liberté d’expression et de créativité, à l’égalité des citoyens d’origines et de confessions différentes et pire, aux droits de la femme !

Oui, Europalia-Turquie 2015… [EN] [FR] [NL] Malgré tous les avertissements et critiques émis par les milieux démocratiques, ce festival ne sert qu’à privilégier la richesse artistique et culturelle de la partie turco-musulmane-ottomane de ce pays, tout en niant l’existence préalable sur ces terres des civilisations arménienne, assyrienne, arecque et kurde.

Une honte plus grave pour les responsables belges: malgré toutes les critiques, ils ont préféré d’organiser ce festival au 100e anniversaire du génocide des Arméniens et Assyriens, suivi par le massacre des Grecs pontiques et Kurdes. A l’inauguration de ce festival, ils ont honoré un despote qui nie toujours ces atrocités et impose ce négationnisme honteux même aux élus belges d’origine turque.

Il s’agit d’un échec cuisant non seulement pour les dirigeants belges, mais également pour les diasporas issues de cette terre, berceau de toutes les civilisations qui existaient même avant la conquête turco-musulmane au 11e siècle.

Ce « conte de fée » a débuté il y a déjà plus de dix ans. Le 1er février 1994, la Turquie avait été choisie pour l’ « Europalia ‘96 » alors que les hommes et femmes de culture et de science étaient toujours les cibles principales de la terreur d’Etat. Comme plusieurs démocrates, j’avais protesté contre cette initiative dans un article du journal Le Soir du 23 décembre 1994: «Europalia ’96 » : festivités de la honte ?»

Heureusement à cette époque-là, les organisateurs de l’Europalia ont dû accepter les arguments contestataires et ont annulé en mars 1995 la tenue du festival.

Dix ans plus tard, comme si la Turquie était devenue une véritable démocratie, les médias belges annonçaient que Europalia-Turquie se tiendrait dans la capitale européenne en 2015. La Libre Belgique, par exemple, donnait l’information avec comme titre : “L’édition 2015 du festival Europalia mettra la culture turque à l’honneur”.

Quant aux médias turcs, même ceux qui sont contre le pouvoir islamiste actuel, applaudissaient cette nouvelle comme une victoire du lobby turc dans la capitale européenne contre les diasporas qui se préparaient à commémorer le centenaire du génocide de 2015. Selon ces médias, le ministre turc de la culture les aurait pris à contre-pied en disant: “L’Anatolie est le berceau d’innombrables civilisations, un musée à ciel ouvert. Nous voulons faire connaître la culture anatolienne dans son ensemble, complète et non divisée en compartiments et la culture arménienne en fait partie. Comme les veines d’un seul corps.”

C’est inadmissible.

Dans un communiqué du 28 novembre 2014, nous contestions cet argument mensonger :

Quelques expositions, peut être quelques représentations musicales seront, selon eux, suffisantes pour montrer au public européen que les veines arménienne, assyrienne, grecque de ce corps sont toujours aussi vivantes que la veine turco-islamique dans la Turquie actuelle.

Qu’en est-il du génocide et de la déportation des millions d’Arméniens, Assyriens et Grecs d’il y a 100 ans?

Pourquoi il n’y a – t – il aujourd’hui que quelques dizaines de milliers de descendants de ces peuples autochtones d’Anatolie, peuples qui y existaient déjà avant l’arrivée des Turcs dans “ce berceau d’innombrables civilisations”?

L’Anatolie d’aujourd’hui est-elle vraiment “un musée à ciel ouvert” ou bien “un cimetière à ciel ouvert” d’innombrables civilisations victimes d’exterminations ou de déportations il y a un siècle ?

Qu’en est-il de l’oppression et de l’extermination des peuples kurdes et yézidis? Koçgiri, Seyh Said, Agri, Dersim et Roboski?

Qu’en est-il de la tyrannie sunnite sur la communauté alévie?

Quand a été posée lors d’une conférence une question à propos du centenaire du génocide de 2015, le président d’Europalia International Jacobs de Hagen a répondu qu’il s’agissait d’une simple coïncidence de dates et a rappelé qu’Europalia se veut “apolitique”.

Apolitique?

Alors que toutes les forces démocratiques du monde se préparent déjà à la commémoration du 100e anniversaire du premier génocide du 20e siècle, les dirigeants néo-ottomans et islamistes de la Turquie persistent toujours dans la négation de ce crime honteux commis par l’Empire ottoman sur les terres qui étaient la mère patrie des Arméniens, Assyriens et Grecs.

Honorer un tel régime par l’organisation d’Europalia, est-ce vraiment un acte apolitique?

Malheureusement, les forces d’opposition de Turquie n’ont pas réagi pour empêcher ce scandale politico-culturel !

Malgré quelques déclarations courageuses de personnalités des diasporas arménienne et assyrienne, aucune résistance n’a été organisée contre cette complicité turco-belge.

Le négationniste N°1 de la Turquie a été accueilli en grande pompe les 5-6 octobre 2015 par le couple royal, le premier ministre, le ministre des affaires étrangères, les président(e)s des chambres et bien entendu par les dirigeants d’Europalia et hommes d’affaires.

Un accueil si aveugle qu’on a préféré ignorer toutes les insolences d’Erdogan qui a réagi tel un sultan ottoman en visite en pays conquis :

Déjà à son arrivée à Bruxelles le soir du dimanche 4 octobre, il a perturbé le trafic sur une des artères les plus importantes de la ville pour s’adresser à ses partisans. Début 2014, il avait déjà fait la même chose, mais malgré les critiques, la Ville de Bruxelles n’avait pas empêché cette fois-ci ce désordre.

Le lendemain, la first lady Erdogan a bloqué les magasins de l’avenue Louise sous la bienveillance de la police bruxelloise.

Encore, deux altercations physiques et violentes entre les body guards d’Erdogan et les services de sécurité.

Accueilli en grande pompe ; mais ensuite toute son arrogance

Humiliation de la famille royale belge par Erdogan par un retard excessif lors du dîner au château de Laeken.

Le sultan s’était déjà présenté tardivement au rendez-vous précédent avec le Premier ministre Charles Michel et le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, à Val Duchesse.

Malheureusement, il n’y a eu aucune réaction contre ces grossièretés et Erdogan a couronné sa conquête de la capitale belge et européenne le soir du 6 octobre lors de l’inauguration d’Europalia-Turquie par sa présence avec le Roi des Belges au Bozar…

Le despote est reparti tout en renforçant sa propagande de « conquistador » juste trois semaines avant les nouvelles élections législatives. Elections provoquées pour s’assurer une majorité absolue en vue d’élargir ses pouvoirs présidentiels. Il n’a pas hésité à déclencher une guerre civile pour attirer les votes ultra-nationalistes et anti-kurdes.

Les dirigeants belges ont préféré ignorer toute l’arrogance d’Erdogan pour assurer des relations lucratives entre les milieux d’affaires des deux pays et alléger leurs charges concernant l’arrivée massive des refugiés via la Turquie.

Heureusement, RTL a eu le courage de passer un reportage avec Mme Shake Matossian, critique d’art d’origine arménienne, qui résume son impression sur une exposition baptisée Anatolia : « un aperçu de 12.000 ans de culture turque mais pas un mot de la civilisation arménienne » comme celles des Assyriens et Grecs.

Nous félicitons également Le Soir pour ces quelques remarques après l’inauguration : «2015 est le centenaire du génocide arménien. Rien là-dessus? On a l’impression d’un Europalia turco-turc, qui a oublié de présenter ses identités multiples, son drôle de rapport au territoire, à l’Etat. On est plus dans Exploration du Monde (moderne) que dans un Kunsten Festival des Arts (audacieux). Quelles questions sur la Turquie du président Erdogan : un Etat policier qui massacre des civils dans sa région du Kurdistan, des journalistes menacés et emprisonnés, le statut de la femme constamment rabaissé, etc. ? Quelles traces dans une programmation artistique et culturelle d’envergure ? Europalia ne dérange pas et c’est cela qui dérange. » C.MA.

Maintenant, finis les contes de fée…

Les temps sont durs pour les peuples de Turquie et du Proche Orient. Ces peuples souffrent à cause de la folie d’un despote turco-islamiste qui n’a jamais hésité à apporter son soutien logistique aux bourreaux jihadistes de l’EI!

Alors que le festival Europalia sert à la propagande du Sultan Erdogan, les jihadistes continuent à démolir en Syrie et en Iraq toutes les richesses historiques de l’humanité!

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