Erdogan cherche-t-il à islamiser la société turque ?

“L’AGENDA CACHÉ”, HANTISE DES LAÏQUES

Nombreux sont ceux qui, encore aujourd’hui, estiment que Recep Tayyip Erdogan n’a pas abandonné son “agenda caché”, sorte de projet secret visant à imposer un islam hégémonique de manière subreptice, par le biais de réseaux politiques puissants. Un projet auquel contribueraient étroitement les “fethullahci” ou “gülenistes” – du nom de Fethullah Gülen, influent imam exilé aux Etats-Unis que ses opposants n’hésitent pas à qualifier de “Khomeyni turc”, prêt à tout pour placer ses fidèles à chacun des échelons de l’Etat.

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Par Aymeric Janier

22.02.12

En mêlant dans son discours la référence à l’islam, principalement au niveau individuel, et le respect de la laïcité, l’AKP a réussi à concilier ces deux dimensions, de telle sorte qu’elles ne soient plus antagonistes”, argumente Gérard Groc, turcologue et chercheur associé à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (Iremam), qui récuse toute “provocation”.

” Erdogan n’aurait rien à y gagner, alors que s’ouvrent les discussions sur une nouvelle Constitution [l'actuelle, héritée du coup d'Etat militaire de 1980, a été ratifiée en 1982]“, poursuit-il, n’écartant pas, en parallèle, l’argument électoraliste. En août 2014, pour la première fois, le président ne sera plus élu par la Grande Assemblée nationale de Turquie (Parlement monocamériste), mais au suffrage universel. “Il se peut, de fait, qu’il esquisse dès aujourd’hui, et en pointillé, le portrait du candidat que les électeurs attendent : conservateur mais non dogmatique, intransigeant dans la lutte antikurde et étatiste. Déjà, en prévision des législatives de 2007, il avait infléchi sa ligne, principalement à l’égard de l’Union européenne.”

En habile stratège politique, Recep Tayyip Erdogan cultive savamment l’art du contre-pied. A l’occasion d’une récente intervention devant les députés, le premier ministre turc, issu de la mouvance islamiste, déclarait ainsi vouloir “former une jeunesse religieuse” en adéquation avec “les valeurs et principes de [la] nation”. Face aux protestations aussitôt exprimées par l’opposition, il ajoutait même : “Attendez-vous du parti conservateur et démocrate AKP [Parti de la justice et du développement, au pouvoir] qu’il forme une génération d’athées ? C’est peut-être votre affaire, votre mission, pas la nôtre. (…) Vous ne voulez pas d’une jeunesse religieuse, la voulez-vous droguée ?”

Le premier ministre turc, néo-converti pragmatique à la laïcité ? Gérard Groc en est convaincu : “Erdogan a compris qu’il lui fallait gérer une pluralité confessionnelle qui est inhérente aux sociétés du Proche-Orient.” A cette aune, l’islam ne serait qu’un “marqueur” lié à l’entrée de plain-pied du pays dans l’ère de l’internationalisme. Une façon de cultiver sa différence identitaire, notamment vis-à-vis de l’Occident.

Lire l’article.

 

Takip Et

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